Étude de cas sur la préparation à l’investissement SKETCH Working Arts

Autrice Rudy Ruttimann, Directrice Fondatrice de l’Institut SKETCH

Cette étude fait partie d’une série d’études de cas en finance sociale, sur la préparation à l’investissement. Grâce à un partenariat avec le Programme de préparation à l’investissement (IRP en anglais), SI Canada travaille avec dix entités (organismes à vocation sociale sans but lucratif, coopératives, entreprises sociales à but lucratif) qui ont développé une expertise en préparation à l’investissement, et leur donnent l’occasion de partager leur parcours et de présenter ce travail au moyen d’une étude de cas et d’un événement virtuel.

Contexte

SKETCH est une entreprise artistique communautaire qui fait participer des jeunes issus de la diversité, âgés de 16 à 29 ans, de partout au Canada, qui sont sans abri, en situation marginale ou de pauvreté, afin de : faire l’expérience du pouvoir transformateur des arts, renforcer le leadership et l’autosuffisance dans les arts, et cultiver le changement social et environnemental par le biais des arts.

Comment l’initiative est née

SKETCH Working Arts a pu acheter un studio artistique de 9 000 pieds carrés au centre-ville de Toronto grâce à une campagne de financement provenant d’une collecte de fonds traditionnelle et d’obligations communautaires. Cette campagne s’appelait « Project Home ».

SKETCH a calculé qu’avec les loyers élevés de Toronto, ils ne pourraient plus se permettre de rester dans le quartier Queen West d’ici 2025.

Leurs propriétaires à Artscape Youngplace ont proposé de vendre leur espace à SKETCH à l’automne 2018. La directrice exécutive Rudy Ruttimann a formé un comité consultatif, composé d’experts des secteurs de l’immobilier, de l’investissement et de la bienfaisance, pour aider SKETCH à explorer ses options.

Rudy Ruttimann a ensuite dû faire participer des membres de l’organisation à ce projet ambitieux, qui
« ne se limitait pas à la propriété, il s’agissait de maintenir la programmation de SKETCH afin que les futures générations de jeunes leaders aient accès à un espace sécure pour explorer leur créativité ».

Calendrier de la campagne de financement social

L’offre a été présentée en octobre 2018 et l’objectif de collecte de fonds a été atteint en juin 2021.

Types de soutien financier recherchés

Au début, Rudy a tiré parti des relations existantes de SKETCH pour lever les fonds. Ils ont retenu les services d’une société de gestion de patrimoine (TD Wealth) qui a mis SKETCH en contact avec l’un de leurs investisseurs privés. L’investisseur privé a fait un don anonyme de 100 000 $.

Puis les obligations communautaires sont entrées en jeu dans la campagne afin de mobiliser des personnes qui soutenaient SKETCH, mais qui n’avaient pas les moyens de donner une grande somme d’argent, et également pour se vendre auprès d’un nouveau public compétent en matière d’investissement.

Une série d’obligations pouvant être acquises en investissement auprès d’un groupe diversifié d’actionnaires tels que de jeunes artistes, des donateurs, des sociétés et des fondations, a été sélectionnée. Pour les aider à structurer et à administrer leurs obligations, SKETCH s’est associé à Tapestry Community Capital, afin qu’il y ait une transparence totale et que les investisseurs puissent éviter tout conflit.

Au début, Tapestry Community Capital a été engagée pour faire une étude de faisabilité afin que Rudy puisse présenter la possibilité de ce projet au conseil d’administration et qu’ils puissent évaluer le niveau de risque qui serait impliqué. Désormais, Tapestry fournit principalement l’infrastructure nécessaire pour traiter l’achat et la gestion des obligations communautaires. Par exemple, Tapestry fournit les formulaires

fiscaux pour tous les investisseurs chaque année. Elle offre également du mentorat et de l’encadrement tout au long de la campagne.

Pour la campagne « Project Home », quatre obligations avec des minimums et des conditions d’investissement variables ont été proposées. L’obligation B était destinée aux fondations et aux sociétés, tandis que l’obligation D avait un minimum plus accessible de 500 $.

 

La Promesse d’Obligation !

SKETCH a développé la première obligation de charité au Canada, « La Promesse d’Obligation ». L’Obligation A, a permis à SKETCH d’accéder efficacement à un prêt sans intérêt, où les investisseurs
ont la possibilité de reverser leurs intérêts à SKETCH pour un reçu fiscal de bienfaisance. C’était un autre incitatif pour ceux qui pouvaient avoir un certain accès au prêt de capitaux et qui pouvaient faire de l’intérêt un don. Cette stratégie de financement à coût nul a offert aux donateurs une manière très novatrice de promouvoir SKETCH.

La campagne d’obligations de Project Home a ouvert SKETCH à un tout nouveau public d’investisseurs qui ne se seraient pas engagés avec l’organisation autrement. En fin de compte, 55% des détenteurs d’obligations étaient des donateurs de SKETCH pour la première fois.

En janvier 2020, SKETCH avait quatre obligations distinctes, une hypothèque fixe et une marge de crédit garantie, et était prête à lancer sa campagne de financement pour engager et acquérir à la fois des donateurs et des investisseurs.

Obstacles

Les obstacles à l’accès à la finance sociale et à l’investissement d’impact, et comment ils ont été surmontés

L’initiative a été une courbe d’apprentissage pour Rudy, le conseil d’administration et l’organisation dans son ensemble. Le conseil d’administration a accepté de lui permettre de consacrer 75 % de son temps au projet. Rudy avait besoin de déléguer un certain nombre de tâches opérationnelles pour se libérer du temps. L’équipe de SKETCH a dû s’adapter entre la campagne d’obligations et la campagne de financement qui étaient menées en même temps.

Rudy dépendait également du soutien régulier de plusieurs personnes. Ses co-directrices, Phyllis Novak, directrice artistique, et Rose Gutierrez, directrice des programmes, l’ont rencontrée régulièrement pour soutenir les exigences du projet. Chaque semaine, ils se réunissaient pour examiner le projet avec une équipe qui comprenait du personnel de collecte de fonds, le service des communications, Tapestry, des représentants du conseil d’administration et des bénévoles. Le personnel impliqué dans le projet a dû être formé pour tout savoir sur les obligations communautaires.

Les rôles ont été redéfinis et du mentorat a été fourni afin que tout le monde se sente soutenu tout au long du processus. SKETCH a également mobilisé des Ambassadeurs Jeunesse qui sont devenus une partie très importante du projet. Les Ambassadeurs Jeunesse ont parlé à des investisseurs et ont fait des présentations à des groupes de personnes.

 

Autres défis rencontrés

Une condition du conseil d’administration était que les donateurs devaient être nouveaux dans l’organisation, ou en mesure de faire un don au projet en plus de leur soutien régulier.

Une réserve d’Artscape Youngplace était que SKETCH devait conclure la vente avant fin 2019, ce qui signifiait collecter 407 000 $ + TVH. Face à un délai de seulement 3 mois, SKETCH n’a pas été en mesure d’envisager de demander des subventions, ce qui fait que Rudy a dû tirer parti des relations existantes de SKETCH pour lever les fonds.

Avec l’émergence de la COVID-19, le financement de SKETCH a été immédiatement orienté vers des programmes destinés aux jeunes traversant la pandémie, et la campagne de financement a été suspendue pendant plusieurs mois. Comme la campagne avait démarré avant que le Covid ne frappe, ceux qui, comme les fondations, avaient déjà investi dans SKETCH, ont pu contribuer à inspirer confiance à d’autres investisseurs.

 

La participation du gouvernement au parcours d’investissement d’impact de SKETCH

Rudy, ainsi que les Conseillères de Projet Mitchell Cohen et Celia Smith, ont contacté le Conseiller Municipal de l’époque, Joe Cressy. Rudy a eu une première réunion avec Joe et son personnel où plus d’informations ont été fournies. Rudy a également rencontré Mike Layton et Cheryl DiNovo. Mike était Conseiller auparavant et est également un défenseur de SKETCH.

Rudy a été informée par Joe qu’ils présenteraient une motion à une réunion du Conseil où il y aurait un vote. Il a été adopté et ils ont pu respecter la date limite du 31 mars pour conclure l’accord avec Artscape ! En mars 2021, la Ville de Toronto a fait un don de 540 000 $ à la campagne, pour compléter l’objectif de collecte de fonds.

 

Mesurer l’impact

Comment l’impact a été mesuré et démontré aux investisseurs

L’équipe de SKETCH a posé les jalons dès le début. Ils ont dû gérer deux campagnes – obligations communautaires et collecte de fonds – et toutes deux avaient des objectifs critiques à atteindre. De plus, ils ont également dû recueillir des fonds pour les opérations et la programmation.

Avec les obligations communautaires, SKETCH a suivi l’engagement et les ventes sur une base hebdomadaire, ce qui est devenu encore plus critique lorsque la COVID-19 a impacté le calendrier de la campagne. Ils ont préparé et continuent de fournir des rapports d’impact trimestriels à partager avec tous les investisseurs. Ils se présentent également à une Assemblée Annuelle des investisseurs où les paiements d’intérêts sont diffusés.

SKETCH a fourni une ventilation des investisseurs, y compris la géographie et le nombre de particuliers, de fondations et d’entreprises impliqués. Tous les investisseurs ont été invités à l’Assemblée Générale Annuelle en mai 2022. SKETCH a également invité les participants aux réunions afin de parler de l’impact de ce projet et de ce qu’il a signifié pour la communauté.

« Bien qu’il soit toujours important de démontrer l’impact, nous devions également présenter un
modèle financier solide », a expliqué Dale Roy, associé au marketing de SKETCH et responsable de la campagne d’obligations. « Surtout pour ceux qui débutent dans l’organisation, il était important d’établir un sentiment de confiance. » Pour inspirer confiance à de nouveaux groupes d’investisseurs, SKETCH a engagé des experts réputés, ou des influenceurs d’investissement, pour aider à faire passer le mot à leurs publics respectifs.

 

Intégrer la diversité et l’inclusion dans l’entreprise

SKETCH à la conviction que tout le monde a le droit d’accéder à l’investissement – mais des obstacles de toutes sortes peuvent entraver les opportunités d’accès. Investir peut sembler hors de portée.

SKETCH a opté pour une série d’obligations qui pourraient être acquises en investissement par un groupe diversifié d’actionnaires, notamment de jeunes artistes, des donateurs, des sociétés et des fondations.

Rudy a considéré les Ambassadeurs qui travaillaient si fort sur le projet et a pensé que ce serait formidable s’ils pouvaient recevoir une obligation. Ils avaient tout appris sur l’investissement d’impact et ce que cela signifiait pour les gens de donner à SKETCH les ressources nécessaires pour acheter et sécuriser leur espace.

Leçons tirées du parcours « préparation à l’investissement » de SKETCH

Les clés du succès de cette campagne ont été l’implication de la communauté dans la campagne à chaque étape du processus, et le soutien des partisans servant d’inspiration pour les autres.

Faire participer des experts en la matière au processus a été une étape critique dans la construction la confiance des actionnaires. « Le temps que nous avons pris pour mobiliser les fondations, les principaux donateurs et les experts de l’industrie pendant la phase de consultation de la campagne a porté ses fruits plus tard », se souvient Rudy. « Au moment où nous étions prêts à lancer, nous avions déjà plusieurs engagements préalables. »

Le conseil que Dale peut donner à d’autres organismes de bienfaisance qui pensent aux obligations communautaires, est de s’assurer qu’ils auront le temps de guider les investisseurs tout au long du processus. « La décision d’investir n’est pas rapide, il y a pas mal de paperasse et beaucoup à considérer. Il était important de faire un suivi personnel auprès des investisseurs potentiels pour maintenir l’élan. »

Les obligations immobilières se sont révélées être un excellent outil d’acquisition, reliant SKETCH à 100 investisseurs – dont la plupart étaient complètement nouveaux dans l’organisation. Comme les donateurs ponctuels, ce groupe distinct peut être géré de manière unique tout au long de la durée de
leur investissement.

Espoirs pour l’avenir en matière de finance sociale

La structure caritative est fondée sur un ancien système colonial, comme réponse à la pauvreté, mais a créé des obstacles à l’avancement des gens. Il est temps de réviser l’objectif du secteur caritatif pour aller vers une nouvelle manière de rassembler les « investisseurs » / les particuliers philanthropes et les personnes ayant une expérience concrète.

L’Institut SKETCH est une nouvelle initiative qui stimule le changement sectoriel et social en utilisant l’éducation et le partage des ressources pour surmonter les obstacles systémiques auxquels sont confrontés les leaders de la nouvelle génération de QTBIPOC, qui empêchent leur accumulation de capital social et entravent leur avancement et / ou leur accès à des postes de direction dans le secteur des arts. L’Institut SKETCH aide à mettre l’accent sur l’augmentation de la résilience au sein des systèmes qui produisent les nombreux obstacles auxquels la communauté de SKETCH est confrontée, tout en établissant des conditions alternatives pour éradiquer ces mêmes obstacles.

L’Institut pourrait être l’occasion d’investir directement dans les jeunes et d’explorer différentes approches entre les personnes ayant des ressources et du pouvoir, et celles qui n’expérimentent pas les mêmes niveaux d’impact.

 

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